Le festival Fifty Lab démarre cette semaine à Bruxelles pour une cinquième édition. Trois jours de concerts au cœur de la capitale belge où se mêlent passionnés et professionnels de la musique. Le concept étant de mettre la lumière sur les artistes de demain, en laissant le soin à d’autres festivals européens d’établir la programmation. C’est aussi une belle opportunité de se faire connaître pour les talents locaux comme l’artiste Eugene qui s’y est produit lors de la précédente édition où nous étions présents. On vous raconte !
Le rooftop du Beursschouwburg est comble en ce vendredi soir de novembre à Bruxelles. Pourtant, Eugene qui s’apprête à débouler sur scène est loin d’être une tête d’affiche de festival. Du moins, pas encore… C’est justement l’intérêt de se produire au Fifty Lab pour ce jeune artiste local. Il est 20h lorsque Eugene démarre son set hyperpop, avec le logo « XXL » représentant son crew derrière lui. Mano Leval, un des fondateurs de ce collectif créatif au nom extra large et ami d’Eugene, mesure l’importance de ce concert dans la ville où ils ont grandi : « On est hyper contents d’être là car c’est dans cette salle qu’on a fait un de ses premiers concerts. Sauf que cette fois-ci, la plupart des personnes présentes sont des programmateurs, des labels, ou des gens de l’industrie. » Le Bruxellois estime qu’être programmé au Fifty Lab constitue un réel « tremplin » pour les artistes belges.

Il s’agit en effet d’une des idées défendues par ce jeune festival qui se déroule simultanément dans plusieurs lieux en plein centre de Bruxelles. À la base de cet évènement, on retrouve notamment l’agence Five Oh, spécialisée dans les relations presse. Cette boîte s’est d’abord fait un nom dans la capitale grâce à sa Fifty Session, un concert mensuel dans une salle bruxelloise réunissant un artiste émergent local et un international. Ainsi, Bonnie Banane, Joanna, TIF, Louis Culture ont partagé la scène avec des artistes moins reconnus.
Une programmation inédite et originale
En 2019, l’agence créée par Laetitia Van Hove décide de fusionner avec celle de programmation Liquiid afin de développer le projet à l’échelle d’un festival annuel. « Une sorte de Fifty Session version XXL », nous résume un cadre du projet. Avec en plus, un concept original : une programmation établie par une vingtaine de festivals locaux et étrangers. Ainsi, le Primavera Sound, le Montreux Jazz Festival ou le Pukkelpop ont déjà fourré leur nez dans la line-up du Fifty Lab. Le but étant évidemment de promouvoir les découvertes et les prochains talents à suivre.
Une particularité qui fait du Fifty Lab l’un des évènements à ne pas rater pour les acteurs de l’industrie musicale ou ceux d’autres festivals. C’est le cas de Yannick Zimmermann du c/o pop à Cologne qu’on a croisé dans la salle réservée aux professionnels pleine à craquer. « J’essaye de venir chaque année ici à Bruxelles. C’est une chance de pouvoir rencontrer autant de curateurs au même endroit. Pour nous, ce serait un honneur de pouvoir un jour participer à la line-up du Fifty Lab. »
Lors de cette quatrième édition, des artistes belges comme Eugene, VHS, Jean-Paul Groove, Cyra Gwynth, ont partagé l’affiche avec Zonmai, Cristale, Tuerie, Sadandsolo, Cumgirl8. Une programmation diverse dans laquelle le rap émergent est traité au même niveau que les autres genres musicaux. Cette année-là, une conférence à l’entame du festival était d’ailleurs animée par Mehdi Maïzi avec pour thème « la mort du rap mainstream ». « Un choix évident, selon Sacha Estelles de l’agence Five Oh, car il a ce côté très actuel et précurseur dans la musique, cela nous ressemble. »
La ville parfaite pour ce festival
Le journaliste français était d’ailleurs déjà venu lors de la première édition dans le cadre d’une causerie sur le rap marocain. Preuve que Bruxelles a une place à jouer dans cette culture et un public demandeur. « BX est la troisième ville du rap après Paris et Marseille », estime Mano Leval. En plus de son collectif XXL, le Bruxellois a aussi fondé le label Jeunes & Ambitieux avec lequel il a notamment organisé la deuxième édition de leur propre festival l’été dernier.
Au sein de Five Oh, on sent aussi la présence d’un public de niches curieux et propre à la capitale belge. « Bruxelles est la ville parfaite pour ce genre de festival, nous raconte Sacha Estelles. Le public est attentif aux évènements culturels. Ils ne connaissent généralement pas la programmation, mais nous font quand même confiance. Ils aiment la découverte, et je ne pense pas que ce concept marcherait dans toutes les villes européennes. Le fait de se déplacer d’une salle à une autre en trois minutes dans le centre de la ville rajoute un côté familial. »

Pendant ces trois jours de ride, on a fait de belles découvertes. Un concert à l’accent South London de la rappeuse britannique Cristale dans l’intimité du Café Delune. La phonk ultra-agressive des Flamands de VHS ou le rap colombien de Mariposa dans la salle du Beursschouwburg et son mythique rooftop. C’est dans ce même lieu qu’Eugene, le protégé de Mano, s’est produit le dernier jour du Fifty Lab. Un concert qui aura finalement porté ses fruits pour l’avenir des compères et de leur bande. CRC, un de ses autres protégés, a été invité pour partager une Fifty Session avec le chanteur français Yamê en avril dernier. Et pour cette cinquième édition du festival, le rappeur surnommé « Monsieur La Pluie » succédera à Eugene lors d’un concert prévu à l’Ancienne Belgique.
Cette année, on va forcément réitérer l’expérience Fifty Lab, toujours dans le but de dénicher nos futurs coups de cœur. Une programmation de plus de 60 artistes, parmi lesquels, on citera la Belge Dina Ayada à qui on promet déjà une trajectoire de superstar. Et même si on ne les connaît pas tous, on ira les yeux fermés. Un peu comme le public de cet évènement si unique à Bruxelles.
Texte : Adrien Girard
Crédit : Fifty Lab